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L'inaccessible Montréal avec ses pièges et ses nids de poule

par Kenzie McCurdy

Dans le dernier numéro du bulletin de Action des femmes handicapées de Montréal, je pestais contre les horreurs du système de transport adapté. Pour les besoins de ce numéro, imaginons que tous les problèmes du transport adapté soient résolus (d'accord, arrêtez de vous moquer... je vous ai entendues !). Imaginons donc que nous avons passé une heure au téléphone. Malgré la ligne toujours occupée et l'intimidation des employés brusques et impolis, nous avons réussi à trouver une place dans le Club sélect du Transport adapté. Génial. Tout va bien n'est-ce-pas ? Nous méritons une tape dans le dos pour le bon travail.

Maintenant imaginons-nous deux jours plus tard. Disons que nous allons au resto. Les réservations sont faites, nous nous sommes mises sur notre trente-six, nous avons même appelé au restaurant pour vérifier son accessibilité. Oui, tout est parfait. Rien ne peut nous arrêter maintenant.

Il est 17 h quand nous commençons à nous préparer (17 h 30 si vous êtes un homme). Vous connaissez la routine : douche, coiffure, maquillage, habits. Nous sommes fin prêtes. Maintenant souvenez-vous, j'ai dit imaginons que les problèmes du transport adapté sont résolus, alors, naturellement il arrive à 18 h précises pour nous amener à notre destination. Nous embarquons dans le taxi ou le minibus, nous montrons notre carte TRAM et nous voilà parties. À ce moment nous pensons à ce qui nous attend. Qu'allons-nous commander ? Est-ce que nous avons envie de pâtes ou devrions-nous nous gâter avec du saumon ? Sans nous en rendre compte, nous voilà arrivées. Et notre rêverie se termine. Nous regardons l'adresse à travers la vitre...

Nous sommes hébétées : DEUX MARCHES ??? !!!

photo d’entrée de restaurant avec deux marches
photo : Kenzie McCurdy

Comment cela a-t-il pu arriver ? Nous avions pourtant appelé au restaurant pour vérifier s'il était accessible ! Prises de panique, notre cerveau fonctionne à pleine vitesse pour trouver des façons de nous sortir du pétrin, mais tous nos efforts aboutissent à la même conclusion : la panne totale. Confondues ! Exaspérées ! Et vaincues !

Ce scénario peut arriver trop facilement ici à Montréal, une ville qui n'est pas reconnue pour son accessibilité. Ce problème a plusieurs aspects, mais le plus évident pour moi est le manque de connaissance. Beaucoup de personnes non handicapées ne savent tout simplement pas ce que veut dire accessible. La plupart des gens ne remarquent pas combien de marches il y a pour entrer dans leur lieu de travail ou si le petit bistrot sympathique du coin a une rampe. De la même façon, plusieurs pensent qu'une ou deux marches n'empêchent pas l'accès, ne comprenant pas qu'une personne ayant un fauteuil manuel ne peut monter une marche toute seule et qu'une personne en fauteuil motorisé ne peut même pas franchir une marche avec de l'aide.

Selon la Commission canadienne des droits de la personne :
En ce moment, par exemple, il n'existe pas de normes nationales régissant l'accès aux édifices. Les codes du bâtiment relèvent de la compétence des provinces, et ces dernières n'ont pas toutes adopté le code national type. Il s'ensuit que les normes d'accessibilité varient d'une province à l'autre et que les personnes ayant une déficience ne savent jamais quand elles auront à se lancer dans une course à obstacles dans le cours de leurs activités quotidiennes.
http://www.chrc-ccdp.ca/ar-ra/ar98-ra98/disab-defic.asp?l=f

Et même quand les édifices ont été construits avec beaucoup d'efforts pour être accessibles, je me demande souvent si ces efforts ont été faits en collaboration avec la communauté des personnes handicapées. Je suis sûre que dans la plupart des cas c'est vrai. Cependant la majorité des personnes handicapées a certainement rencontré des situations où elle s'est demandé si quelqu'un a laissé un enfant faire les plans. Comme moi, vous avez sûrement dû entrer dans un édifice par le monte-charge ou par une ruelle peu invitante, encombrée de poubelles malodorantes. Vous avez certainement déjà utilisé une porte ayant une sonnette non fonctionnelle pour demander à quelqu'un de vous ouvrir. Vous avez aussi certainement essayé d'utiliser une toilette publique, fermée à clef pour que personne autre que les personnes handicapées ne puisse l'utiliser. Vous non plus ne pouvez vous en servir avant d'avoir trouvé un gardien de sécurité qui vous laisse entrer : pas une mince affaire !

photo de trottoir encombré
photo : Kenzie McCurdy

Près de ma maison, il y a deux nouveaux cinémas. C'est le genre méga-immense rempli de restaurants, de jeux vidéos et plusieurs salles de projection. Les cinémas ont toujours été un problème pour moi par rapport à l'accessibilité. Le problème c'est qu'il y a un endroit désigné pour vous et votre compagnon. Dans le bon vieux temps, cette place était en arrière de la salle, d'où l'écran avait une allure un petit peu plus large que votre écran de télévision. Maintenant, on vous place dans un endroit plus réfléchi dans ces nouveaux cinémas. Vous êtes complètement en avant, tellement proche de l'écran que vous pouvez pratiquement voir les couches de maquillage couvrant les imperfections des acteurs. Je suis déjà allée dans ces cinémas avec des amis qui ont dû s'asseoir ailleurs à cause de la proximité de l'écran. Être si proche leur faisait mal aux yeux.

J'ai eu une expérience similaire au Centre Molson où les personnes en fauteuil roulant ne peuvent pas rester près de la scène pour des raisons de sécurité, car il n'y a pas d'entrée accessible à ce niveau-là. Elles doivent aller en un endroit désigné qui est tellement loin de la scène que l'expérience du direct est annulée. C'est agréable de participer à un spectacle ou un match de hockey en direct, mais nous n'avons pas le choix de payer plus cher pour avoir une meilleure place. Nous ne pourrons jamais avoir l'expérience exaltante d'être dans la première rangée.

Le problème c'est que les personnes handicapées n'ont pas souvent le choix quand il s'agit d'accessibilité. Il n'y a qu'une façon et nous devons l'accepter. C'est supposément mieux que pas de choix du tout, mais c'est un fait, qu'avoir le choix est une partie intégrante de l'indépendance. Rien ne sera accessible à mes yeux tant que nous ne pourrons aller à l'intérieur comme à l'extérieur avec facilité.

Tout le discours ci-haut montre que l'accessibilité n'est pas encore une partie intégrante de la société. Et jusqu'au jour où cela se réalisera, les personnes handicapées seront toujours à l'extérieur, se fiant à l'aide des autres. Nous avons besoin d'une stratégie d'éducation de la masse. Bien que nous devenons fatiguées de toujours nous défendre, si nous voulons des changements, nous n'avons pas le choix. Il faut constamment répéter le même message pour que les gens soient au courant de ce que veut dire accessible. Ce n'est pas seulement une solution occasionnelle : pour un événement, une fois. Nous devons éduquer, rééduquer et continuer à éduquer jusqu'à ce que chaque édifice soit accessible. Et alors, nous devrons continuer à éduquer pour que notre présence ne soit pas oubliée.

Traduction : Anita Mathisen

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