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Textes poétiques

Je suis en colère, d'Isabelle Boisvert

Je suis en colère car j’ai promis d’écrire un texte sur ma situation de personne handicapée... mais je ne suis pas handicapée. Lorsque je dis qui je suis, jamais ce qualificatif ne sort de ma bouche ni même de mon esprit. À l’aube de ma vie de femme je me définie comme étant en voie d’accomplissement. Une jeune personne dont la curiosité la pousse constamment à repousser les barrières de sa connaissance et, pourquoi pas de La connaissance. Je remonte les défis que l’existence met sur mon chemin et prend, avec un grain de sel, ces occasions d’ascension constante de mon être.

L’handicap n’est-il pas défini scientifiquement comme étant une contrainte à la progression normale d’un individu ?  Je ne suis donc pas classable dans cette catégorie puisque j’ai de tout temps eu et accompli tout ce que je désirais. J’ai joué à la poupée et fait de ma mère un chef d’œuvre vivant avec de la gouache. Je suis passée maître en cascades grâce à mon tricycle et, par la même occasion, fais blanchir les cheveux de celle qui m’aime tant. Je l’ai fait rougir de rage en ne rentrant pas le soir et j’ai visité des recoins quelque peu douteux avec mes camarades. J’ai goûté aux homards frais du Bas Saint-Laurent et côtoyé les plus belles églises de Rome. J’ai médité et passé des instants d’une intensité troublante sur l’un des sommets de ce monde, écoutant attentivement les mélodies que le vent me soufflait à mes seules oreilles. Je suis en vie et brûle de milles et un désirs.

Bien sûr en même temps que je vous dis tout cela, certaines scènes renaissent en moi. Moi petite fille qui pleure son désir d’avoir des amis. Moi à 9 ans qui crie avec une telle rage que tout l’hôpital fait un sursaut. Moi à 14 ans qui souhaite de tout cœur être embrassée et non plus dénigrée par les beaux garçons de sa polyvalente. Moi à 15 ans qui surveille maladivement tout ce qu’elle ingère, et là j’utilise le mot ingérer car manger ne voulait plus rien dire pour moi. Aujourd’hui aussi j’ai de la peine. Il me semble souvent que mon corps n’est pas aussi beau que ce qu’il renferme. Et plus tu avances en âge, plus ton corps devient lourd en conséquences. Ainsi je me demande si un jour je pourrai vivre dans un logis bien à moi, avoir un homme à mes côtés. Pourquoi après tout est-ce qu’ un beau grand gaillard me trouverait séduisante alors qu’il y a milles autres femmes moins compliquées.   Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas direz-vous. Mais vous ne pouvez m’en vouloir si mon cœur tressaille lorsque mes camarades trouvent l’amour. Je me demande aussi comment vivre mon intimité avec toutes ces personnes qui entrent en ma demeure chaque jour. Je me demande comment pourrai-je avoir une famille en ayant moins d’équilibre que mon enfant. Ce sera lui qui me dessinera un mouton et non l’inverse! Ainsi je vous dis qu’il est vrai que nous avons notre lot de souffrance. Mais ici prend fin mes jérémiades car je dois indubitablement retourner à un discours teinté de soleil.

Je ne peux rester là à vous dire combien je suis malheureuse car ce serait vous tromper. La tristesse n’est pas le lot de ma quotidienneté, mais seulement de quelques instants. Tous ici, même vous les plus machos de l’auditoire, avez ressenti un resserrement au cœur une journée de pluie noire. De quel droit viendrais-je vous dire que j’ai les plus grands malheurs du monde alors que c’est faux. Je suis souriante, l’esprit vif et j’ai la force du ruisseau qui se taille un chemin dans le roc le plus dur. J’ai une confiance absolue en la vie et en ce qu’elle me réserve. Une ambition bien placée me porte à croire que je sortirai des bancs de l’école avec un doctorat, et en psychologie s’il vous plaît!

Non en fait c’est moi qui ai beaucoup pleuré pour vous. Cela vous semble drôle ? J’ai eu peur pour ma copine qui a arpenté les rues à la recherche d’un client. Peur pour cette autre qui a dû tuer le petit ange qui grandissait en son sein. Ou encore peur pour  un père qui se noie à petites gorgées.

Si l’on remet tout cela en perspective, je suis l’une des citoyennes que la société à le moins magané. Le soleil teinte chaque jour qui passe. Maintenant que je suis à la fin de mon grand discours philosophique, je vais vous révéler mon secret. Le pourquoi que je suis trépidante de joie, pourquoi je n’ai pas été sur une pente descendante menant à un immobilisme de l’âme. Ce secret, et je sais que vous allez me dire que j’ai vu trop de film à saveur de roses, est bien simple et capable de guérir tous les maux du monde. La force la plus puissante que l’on  puisse recevoir est l’AMOUR.  C’est lui qui nous permet de voir en les obstacles de la vie, et même en un corps ne répondant à aucun critère, une occasion en or pour cheminer vers l’accomplissement de soi.

Tel que perçu..., de Lise Dugas

Je te sens parfois lointaine
À la fois gamine et magicienne
J'aimerais tant te bercer
Toi,‭ ‬ma marginale entêtée

Tu es rigide et désobéissante
Souvent recroquevillée et introvertie
Tu pleures silencieuse ou tu plaisantes
Tu me réjouis ou tu m'anéantis

Vivre minute après minute
Avec des doigts d'où souvent chutent
Les matières du quotidien
Est pour toi un perpétuel refrain‭

Pourquoi te caches-tu‭ ?
Attends une seconde
Tu n'as pas à avoir honte
Tu as assez combattu...

Sans toi,‭ ‬serais-je comme ces gens
Qui vont matin et soir
Attirés par les faux-semblants
De l'illusion ou du dérisoire

Mon esprit pivote et pianote
Il oscille entre les regrets et l'espoir
Oui,‭ ‬il faut que je te dorlote
Apprends-moi à mieux te percevoir...
‭                       
Je te sens lointaine,‭ ‬gamine et magicienne,
Main droite,‭ ‬je t'aime‭ !

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